BILAN DU QUINQUENNAT DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇOIS HOLLANDE

Mis à jour : févr. 8

Beaucoup a été dit et écrit sur le bilan du quinquennat du Président François Hollande par des éditorialistes, des économistes, les frondeurs, les spécialistes de la politique mais très peu de ses soutiens de la première heure issus de la société civile se sont exprimés.


Nous avons voulu retracer son quinquennat à la lueur de sa vision explicitée en particulier dans son livre publié en 2011 « Le rêve français », sa conférence de presse sur son programme détaillé en 2012 et son discours du Bourget et à la lueur de la réalité vécue au jour le jour pendant 5 ans.


Nous avons également, après avoir retracé les éléments clés de son bilan, voulu tenter une analyse des raisons du « désamour des français » et donc de son renoncement.

C’est un Président qui a eu à redresser une France laissée en état de quasi faillite et déprimée dans un contexte de crise européenne, et qui au moment de l’approche du dernier kilomètre de sortie du tunnel se retrouve confrontée à une situation dramatique, de guerre totale contre le terrorisme.


Ce Président aura eu, dans ces circonstances difficiles, à préparer la France du 21 -ème siècle en la rendant plus forte et plus juste, en redressant sa situation économique sans casse sociale et en maintenant sa cohésion et son unité au cours des périodes d’attentats terroristes.


UNE FRANCE PLUS FORTE

LE REDRESSEMENT DU PAYS


Le Président François Hollande a respecté son principal engagement qui était le redressement du pays dans la justice.

La nécessité de réduire les déficits publics et de restaurer la compétitivité des entreprises a été martelée par François Hollande pendant la campagne des primaires et pendant la campagne de 2012 et (cf. engagement 9 « le déficit public sera réduit à 3% du produit intérieur brut en 2013. Je rétablirai l’équilibre budgétaire en fin de mandat »).

Or une partie de la gauche et du parti socialiste appuyée par les médias n’a cessé pendant 5 ans d’invoquer le non-respect de ses engagements, reprenant ainsi l’éternel procès fait à la gauche de gouvernement lorsqu’elle exerce le pouvoir.

Pourtant :

∙ La politique menée correspond aussi à la grande cohérence politique de François Hollande une première chez les Présidents de la V république et chez les hommes politiques français en général cf. le discours de Lorient en juin 2009 « l’après crise sera le temps de l’ajustement budgétaire et fiscal, compte tenu des déficits publics gigantesques qui sont en train de se creuser. La gauche devra faire preuve de courage). Il parlait déjà de la politique de l’offre dans un article paru le 18 juin 1985 : « c’est l’insuffisance des investissements de capacité plus que l’affaiblissement de la demande qui explique le mieux le chômage…Qu’il soit nécessaire de transférer une part des charges de l’entreprise sur les ménages nul ne le conteste vraiment »

∙ En prônant un pacte de compétitivité, François Hollande est le premier leader socialiste français à avoir dit aussi clairement qu'il fallait mener une politique de l'offre. Cf. en Novembre 2012 « Aujourd'hui, nous avons à faire un effort pour que notre offre soit consolidée, plus compétitive et je l'assume ! Et en même temps, nous devons préserver la demande et faire la mutation, c'est-à-dire comprendre que le monde est en train de changer, que la transition vers une nouvelle façon de produire, de consommer, de nous transporter est en marche. »

∙ Ceux qui n’ont cessé à gauche de critiquer la politique menée ont oublié aussi que « la gauche est minoritaire en 2012, elle est encore plus minoritaire en 2016 » (cf. François Hollande dans le livre de Davet p 633).

∙ Faire un mantra du respect de tous les engagements fixés à une période donnée équivaut à s’interdire d’adapter la politique d’un pays aux changements multiples qui peuvent se produire, aux crises et aux faiblesses d’une économie.

∙ Enfin il ne faut jamais oublier que le mandat de François Hollande aura été un des plus difficiles de la V république. Il aura été confronté à une succession de crises très graves internationales et nationales (Zone Euro, Grèce, Ukraine, montée du terrorisme dans le monde, multiples attentats sur le sol français …)

La méthode choisie et voulue par François Hollande était social-démocrate, comprenant dialogue social et culture du compromis, méthode encore inadaptée à un pays habitué au rapport de force. En cela il a voulu faire entrer la France dans la modernité du processus de décision.

Le chef de l’État sortant peut se targuer de laisser une croissance et des comptes publics pratiquement conformes aux critères européens, d’avoir préservé le modèle social, en dépit de la crise, et fini par inverser la courbe du chômage, à laquelle il avait lié son éventuelle candidature.

Une des difficultés à laquelle a été confronté François Hollande c’est que les politiques de l’offre mettent plusieurs années à produire des résultats. Or les français étaient impatients et une partie du PS par idéologie et méconnaissance économique n’a pas été capable de faire un travail d’explication. De même François Hollande n’a pas su faire la pédagogie de sa politique.


1) La restauration des comptes publics


En mai 2012, le déficit était de l’ordre de 5, 3 %, la croissance nulle.

La restauration des comptes publics et la diminution du déficit public constituaient une urgence au moment où François Hollande a accédé au pouvoir et ce d’autant que la zone euro traversait une crise qui remettait en cause son existence même :

François Hollande a augmenté dans un premier temps les prélèvements sur les ménages et les entreprises, solution plus rapide que la diminution des dépenses publiques qui met davantage de temps à produire des effets et qui sera mise en œuvre parallèlement.

Le déficit public a été réduit fortement en 5 ans pour s’établir à 2,7 % selon les dernières prévisions du gouvernement Hollande.

Les dépenses de l'Etat ont baissé de 6,3 milliards d'euros entre 2012 et 2016.

Sur la même période, le déficit de la Sécurité sociale et du Fonds de solidarité vieillesse (FSV) a reculé de trois milliards d'euros par rapport à 2015 pour atteindre 7,8 milliards d'euros, soit le montant le plus faible depuis 2002. En 2012, il avait atteint 17,5 milliards d'euros.


L’ajustement budgétaire nécessaire et justifié a donc été conséquent malgré la conjoncture défavorable et faute d’explication du bilan catastrophique de Nicolas Sarkozy a conduit au « ras le bol fiscal »


2) Les mesures pour relancer l’économie


Très vite après l’élection de François Hollande, il est apparu que la situation des entreprises françaises était beaucoup plus dégradée que prévue et que sans restauration de leur compétitivité, il serait impossible de faire baisser le chômage à terme.


a) Le Pacte pour la croissance, la compétitivité et l’emploi annoncé le 6 novembre 2012, vise à redonner aux entreprises qui opèrent en France les moyens de se repositionner de manière offensive et durable dans la compétition internationale, tout en concourant à la compétitivité de l’économie nationale avec notamment :

∙ La mesure phare, le CICE, l’instauration d’un crédit d’impôt pour toutes les entreprises employant du personnel salarié. Il est égal à 4 % de la masse salariale brute pour les rémunérations inférieures ou égales à 2,5 smic en 2013, puis à 6 % en 2014.

∙ L’accès à des financements performants et de proximité par la création de la Banque publique d'investissement (BPI), avec une nouvelle garantie publique permettant d’apporter plus de 500 M€ de trésorerie aux PME et l’établissement d’un plan d’action pour lutter contre l’allongement des délais de paiement.

∙ La simplification et la stabilisation de l’environnement réglementaire, administratif et fiscal et un accueil facilité pour les talents étrangers et les visiteurs professionnels.


b) Le Pacte de responsabilité et de solidarité poursuit et amplifie les mesures engagées depuis 2012 en faveur de l’emploi et de l’investissement. Présenté en janvier 2014, son principe est d’alléger les charges des entreprises, réduire les contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, permettre plus d'embauches et davantage de dialogue social.

∙ Il mobilise plus de 20 milliards d’euros supplémentaires sur trois ans pour permettre aux entreprises de retrouver les marges nécessaires pour embaucher, former leurs salariés, investir et innover.

∙ Le coût du travail au niveau du Smic est réduit avec l’exonération des cotisations patronales versées aux Urssaf

∙ Les cotisations familiales baissent pour les travailleurs indépendants, à hauteur d’1 milliard d’euros

Le Pacte est financé :

∙ Par la maîtrise des dépenses publiques : le Gouvernement s’est engagé, à réaliser 50 milliards d'euros d'économies entre 2015 et 2017 ;

∙ Par la lutte contre la fraude fiscale : en 2013, la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales a permis de recouvrer plus de 10 milliards d'euros, soit 1 milliard d'euros de plus qu'en 2012.


c) La Loi pour la croissance et l’activité dite « loi Macron » 6 août 2015

La loi qualifiée de « fourre-tout » vise de manière générale à « libérer » l’activité économique en introduisant plus de concurrence, notamment dans les secteurs réglementés.

Parmi ces mesures, on trouve :

∙ L’élargissement des possibilités d’ouverture des commerces le dimanche et la nuit.


∙ La libéralisation des transports par cars grâce à la suppression du monopole de la SNCF. ∙ Une réforme de la réglementation de certaines professions (notaires, huissiers de justice et commissaires-priseurs) afin d’augmenter le nombre de ces professionnels.

∙ Une incitation à l’épargne salariale et à l’actionnariat salarié.

∙ Simplification de la procédure prud’homale.

∙ Assouplissement du permis de conduire.

La politique économique mise en place a produit les résultats attendus puisque :

∙ La croissance repart fortement, elle est installée depuis fin 2016 sur un rythme solide, d'environ 0,5% par trimestre pour atteindre vraisemblablement près de 2 % en 2017. ∙ La consommation des ménages, en hausse de +0,2% et de +0,4% au premier et au deuxième trimestre 2017 reste solide.

∙ L'investissement continue de progresser, que ce soit celui des entreprises (+0,9% et +0,5%) ou celui des ménages (+0,9% et +1%).

∙ Le retour de l’attractivité de la France, avec un bond très important en 2016, sans invitation des entreprises étrangères à Versailles… (La France est passée à la troisième place européenne derrière l’Allemagne et le Royaume uni)

∙ Baisse sensible du coût du travail.

Avant le mandat de François Hollande le coût du travail progressait plus vite en France qu'en Allemagne. Désormais c'est le contraire, le coût du travail progresse moins vite dans notre pays ce qui fait que nos entreprises gagnent en compétitivité (+ 1,7 % sur un an. A comparer avec + 2,2 % en Allemagne. Et + 3 % au Royaume Uni.)

Pour Axel de Tarlé (Europe 1, 20 Décembre 2017) « La méthode employée par François Hollande a été douce. Plutôt que de baisser les salaires (ce qui est douloureux). On a baissé les charges des entreprises (avec le CICE). Pour les entreprises ça revient au même c'est autant de moins à payer ».


3) la diminution du chômage

En plus des différentes mesures prises pendant la première partie du quinquennat, des emplois aidés et des emplois d’avenir, un plan d’urgence contre le chômage a été mis en œuvre en Janvier 2016 avec notamment :

∙ Le dispositif "Embauche PME" : une PME qui embauche un salarié à temps plein et rémunéré jusqu'à 1,3 fois le Smic pourra bénéficier pendant deux ans d'une aide forfaitaire de 500 euros par trimestre, soit 4 000 euros au total

∙ 500 000 formations supplémentaires en 2016 en faveur des demandeurs d’emploi. François Hollande avait lié sa candidature en 2017 à l’inversion de la courbe du chômage.

Cet engagement lui a été beaucoup reproché. Or on peut considérer qu’au contraire c’était l’affirmation d’une politique volontariste et une obligation de résultat pour l’exécutif. Ce qui en réalité a posé problème c’est l’appréciation de cette courbe du chômage en se basant uniquement sur les chiffres de pôle emploi, mois par mois, qui n’étaient pas significatifs et ne donnaient pas de vue d’ensemble.

Au sens de l'Insee, et selon les normes du BIT, le chômage a fortement augmenté jusqu'à la mi-2013, s'est stabilisé autour de 10% en métropole, avant de décroître à partir de 2016.

François Hollande a donc entièrement rempli ses engagements : réduire les déficits publics, restaurer la compétitivité des entreprises, retrouver de la croissance et diminuer le chômage.


L’ACTION INTERNATIONALE ET EUROPEENNE


1) L’action en Europe

Pendant la campagne de 2012, François Hollande s’était fixé l’objectif de changer l’Europe, considérée à gauche comme trop libérale, trop focalisée sur la réduction des déficits et pas assez sur la relance de l’économie. Son objectif paraissait ambitieux, face à l’intransigeance d’Angela Merkel en matière budgétaire.

Très vite il est apparu que la situation économique très mauvaise de la France en 2012 ne permettrait pas à François Hollande d’atteindre ses objectifs rapidement car le pays n’était pas en situation de force face notamment au Royaume Uni qui n’avait pas encore voté le Brexit et face à l’Allemagne. Dans ce domaine aussi il était indispensable que l’économie du pays s’améliore pour que la France redevienne crédible vis-à-vis de ses partenaires. D’où la cohérence de la politique économique qu’il a menée.

Contrairement à ce qui est répété par les commentateurs, François Hollande a formulé beaucoup de propositions dans des domaines très différents pour faire avancer l’UE. En définitive, s’agissant de la politique européenne, le Président aura fait preuve d’une forte capacité de proposition.

Confronté à de multiples crises, à une opposition parfois forte des autres Etats membres et à un fonctionnement institutionnel européen complexe, sa marge de manœuvre a pu être réduite.

La question était : fallait-il renverser la table ou établir des compromis : François Hollande a toujours privilégi