Cérémonie des voeux de D12 21 janvier 2020

Discours de Jean-Marie Cambacérès aux vœux de D12 le 21 janvier à Paris.

Chères amies, chers amis.

1) Introduction.

Je tiens tout d’abord à vous remercier d’être venus nombreux à ces vœux de D12, et non seulement de la Région parisienne, mais aussi des Hauts de France, de Bretagne, de Nouvelle Aquitaine et d’Occitanie notamment. On me dit qu’on est une cinquantaine, ce qui est très bien par rapport à la trentaine de l’année dernière. Cela confirme la remobilisation amorcée en 2019 et dont je vais vous parler.

Il y a 4 ou 5 ans, je ne sais pas si certains d’entre vous s’en souviennent, j’avais critiqué Martine Aubry parce qu’elle avait critiqué Emmanuel Macron alors ministre. Aujourd’hui, c’est le contraire, et si j’étais à Lille, je soutiendrai Martine Aubry.

Avant de vous parler de D12, je voudrais dire combien je trouve pas très correct que le pouvoir veuille faire taire Ségolène Royale par des mesures administratives et des menaces du parquet national financier.

2) D12 : Bilan et projets.

Revenons à D12. Je vais rappeler cela pour ceux qui nombreuses et nombreux sont avec nous pour la première fois. Après notre affaiblissement dû la division en 2017 de ceux qui étaient partis vers En Marche (environ 200 d’entre nous, sur les 1200), puis la stabilisation en 2018, nous avons senti une nette redynamisation de D12 en 2019. Nous avons gardé nos membres « historiques », mais nous avons accueilli aussi beaucoup d’amis de Stéphane Le Foll (qui avaient soutenu la TO2 dans les débats internes du PS), puis un troisième réseau de personnes ouvrant les yeux sur la politique de droite menée par Emmanuel Macron recherchant un réseau de réflexion et d’action sans vouloir adhérer à un parti. Nous sommes le réceptacle parfait pour cela.

En 2019, avec peu de moyens financiers et humains, nous avons beaucoup travaillé. Nilah Mitha et Florence Ginisty ont actualisé un bilan du quinquennat de François Hollande que je trouve un des plus complet ayant été écrit. Nila Mitha et Florence Ginisty, encore elles, ont développé une présence sur Twitter et ont créé un boucle WhatsApp (elles réfléchissent à en créer une deuxième), Philippe Dorthe et Daniel Régis ont amené de nouveaux réseaux, nous étions nombreux aux Rencontres d’été de D12 dans le Gard, nous avons mobilisé pour Bernard Cazeneuve à Maraussan dans l’Hérault. André Lacombe s’est occupé de la comptabilité et des questions matérielles dans le Gard.

Nous avons recréé le site D12 qui avait disparu depuis juin grâce à Mathieu Lamborot. Solène Basmadjan s’emploie à le densifier. Si vous avez des textes anciens ou des photos d’activités passées, elle les remettra petit à petit pour que l’on reconstitue notre mémoire. Nous avons trouvé grâce à Florence Ginisty plusieurs amis sur Twitter et avons organisé une réunion avec une quinzaine d’entre eux ? nous avons créé un Groupe You Tube autour de William Roberge qui postera des vidéos sur le site. Nous avons relancé l’écriture de notre fascicule « Pour un nouvel élan ». Un premier projet écrit par Jean-Philippe Mazaud a été envoyé au Comité de rédaction. Plusieurs d’entre nous étaient à Tulle le 11 janvier pour les vœux traditionnels de François Hollande au cours desquels il a lancé « l’appel de Tulle » à prendre une initiative après les municipales pour sortir du tandem mortifère Macron-LePen.

Pour l’avenir, nous allons reprendre nos rencontres avec les journalistes, nos dîners débats et autres, mais quand les élections municipales seront passées. En attendant nous allons continuer à travailler le nouveau texte « pour un Nouvel Elan ». Nous réunirons le comité de rédaction, puis l’enverrons à tous les membres pour recueillir les remarques puis après un Bureau, nous l’adopterons aux Rencontres d’été 2020 qui se tiendront les 25 et 26 juillet. Ce sera le dixième anniversaire de la création de Démocratie 2012, devenu D12 et François Hollande nous a promis d’être là. Notez cette date du 25 juillet.

Il faut très rapidement que nous arrivions à 1500 membres pour notre listing (que tout le monde nous donne des noms) et 100 sur la boucle WhatsApp. Il faut d’abord faire du quantitatif pour pouvoir nous adresser à un plus grand nombre et ne pas rester entre nous. On peut même accueillir celles et ceux d’entre nous qui avaient soutenu Macron au début. Les «repentis» : oui (ceux qui avaient cru bien faire), mais les «traitres» : non (ceux qui voulaient des postes).

3) Actualité et analyses.

En décembre, D12 a été très présent dans la protestation contre le projet de réforme des retraites, dans les manifestations et dans les réseaux sociaux. Je persiste à penser que c’est une mauvaise réforme et que le Gouvernement devrait la retirer. Mais D12 n’est pas un syndicat, ni un parti politique, nous ne devons donc pas être polarisés sur cette seule lutte mais parler aussi : de la situation catastrophique de l’hôpital, de la situation des professeurs et de la réforme du bac, des faux chiffres donnés sur la création d’emplois et sur l’attractivité de la France (tout cela était positif dès 2016), de la circulaire Castaner, pour ne plus donner d’étiquettes politiques aux élus des communes en dessous de 9000 habitants ( Cela pour cacher les mauvais résultats d’En Marche et dire tout le monde est apolitique. La « macronie » dit partout que l’association des maires de France est pour, c’est faux), etc...

Je voudrais quand même lancer un mot d’ordre, c’est la condamnation de la violence, d’où qu’elle vienne. Je voudrais aussi que nous nous ne participions pas d’une manière ou d’une autre aux critiques de telle ou telle décision de tel ou tel syndicat, car quand nous entamerons la reconstruction, il faudra rassembler et non pas exclure ou diviser. En Marche n’attend qu’une chose que la violence augmente pour retourner l’opinion (rappelez-vous la Chambre ultra-majoritairement à droite après 1968) et que l’on se divise.

J’en viens maintenant à quelques propos sur l’analyse de la situation en France. Il faut rappeler d’abord que si nous avons appelé à voter Macron au deuxième tour en 2017, nous ne l’avons pas fait pour le premier, nous avions laissé la liberté de vote à nos membres. Ensuite, nous avons été parmi les premiers, si ce n’est les premiers, dès juillet 2017 à avancer les concepts de « extrême centre droit » ou « populisme high-tech » pour qualifier En Marche. Et nous avons dit très vite qu’En Marche était un danger pour la Démocratie et pour la République, car en voulant détruire la Gauche et la Droite, en méprisant les corps intermédiaires et les élus locaux, en démolissant plusieurs pans de notre modèle social ils engendraient les frustrations et de la violence du fait d’absence de perspectives sociales et politiques.

La base du malaise est que Emmanuel Macron croit qu’il a été élu pour son programme et veut donc l’imposer par « légitimité » (enfin un Président qui fait ce qu’il avait promis nous répète la macronie) alors qu’il a été élu pour faire barrage à Marine Le Pen. Depuis nous subissons (Fin de l’ISF, de l’Exit tax, flat tax, suppression CICE, baisse APL, CSG sur les retraites, suppression des emplois aidés, diminution des indemnités de chômage et maintenant réforme des retraites. Tout cela pour des résultats économiques mitigés (la suppression de l’ISF n’a bénéficié à aucun investissement industriel, par contre les dons aux Fondations ont beaucoup baissé), augmentation des déficits (surtout celui de la SS créé par la diminution des charges aux entreprises à la place du CICE), augmentation record de l’endettement (qui dépasse pour la première fois les 100% du PIB), et surtout augmentation des inégalités fiscales et sociales (alors qu’elles s’étaient réduites en 2016, pour la première fois depuis longtemps) et explosion de la pauvreté.

Tout cela a engendré les Gilets Jaunes depuis 15 mois et une grève pour protéger les retraites depuis plus d’un mois.

Face à cela, le « blabla » du Grand débat, des assemblées régionales de personnes tirées au sort, mais surtout une répression policière dure puisque en 2 ans les violences policières ont fait plus de blessés qu’en vingt ans. Cela me permet de vous rappeler la doctrine du préfet de police Maurice Grimaud en mai 1968 qui a évité des drames dans un climat autrement insurrectionnel qu’aujourd’hui.

Le bazar aussi sur le plan institutionnel : en deux ans et demi 16 ministres ont démissionné ou ont été démis, soit un tous les deux mois (un record sous la Vème République) et d’autres démissions sont prévisibles.

Je terminerai mon tableau sur la situation actuelle par quelques mots sur l’Europe et l’international. C’est un sujet sur lequel il était difficile de s’exprimer la première année du mandat d’Emmanuel Macron tant le rouleau compresseur du « France is back » empêchait tout débat. Personnellement j’ai toujours trouvé ce slogan ridicule , la France n’ayant pas à être « back », puisqu’elle n’avait jamais quitté la scène internationale avec François Hollande (je suis bien placé pour le savoir). Que l’on se souvienne : du plan Junker, du sauvetage de la Grèce et de l’euro, de l’intervention au Mali, du format de Normandie sur l’Ukraine, de la COP 21, de voyages pour la première fois de l’histoire d’un PR : au Laos (pour l’ASEAN) aux Philippines, en Australie… de la vente de Rafale à l’étranger (pour la première fois aussi)… Deux ans et demi après on voit qu’il y avait beaucoup de com mais que les résultats tardent ou même que des décisions restent très discutables (G7-Iran, Venezuela, taxes GAFA, Sahel, illusion de peser sur Trump… sans parler de l’Europe : résultats d’En Marche en dessous de ceux du FN, intégration d’EM dans le Groupe des Libéraux sans pouvoir en prendre la présidence, isolement de la France où pour la première fois de l’histoire une candidature de la France à un poste de Commissaire a été black-listée sévèrement, isolement encore en refusant que l’Albanie et la Macédoine du Nord intègre le long processus de l’adhésion alors que l’on maintient hypocritement la Turquie, etc…Quant aux remarques sur l’OTAN et le nouveau dialogue avec la Russie, il faut attendre et voir.

L’avantage de cette situation, c’est que le Bilan de François Hollande apparait plus positif à l’aune de celui d’Emmanuel Macron. Même le PS dans certains discours rappelle telle mesure ou telle action positives de François Hollande. C’est dire l’évolution depuis le bilan à charge qui avait été rédigé par le PS il y a quelques mois.

4) Face à cette situation, il faut agir.

D’abord bien sûr, il faut veiller qu’aucune de nos voix n’aille directement ou indirectement à des candidats En Marche aux municipales. Attention, car certains vont se camoufler, puis ils resortiront aux sénatoriales.

La force d’Emmanuel Macron vient simplement de notre faiblesse. Depuis les élections présidentielles le PS ne s’est pas remonté, il n’a plus de visibilité, malgré son travail. Ayant été derrière Place Publique aux Européennes, en n’ayant plus de siège à Paris intra-muros, en étant non visible dans plusieurs grandes villes pour les municipales (Marseille, Bordeaux, Nîmes et bien d’autres). D’ailleurs pour ces municipales, nous ne prendrons pas position localement en tant que D12 car les situations sont trop diverses, par contre nous faisons une exception en soutenant sans réserve Anne Hidalgo à Paris.

Au niveau national, les appels à l’union ou à des actions avec LFI ou d’autres dits plus à gauche sont sympathiques, (qui ne serait pas pour l’union) mais peuvent être contre productifs en terme stratégiques, car LFI nous lâchera toujours à la dernière minute, car ils veulent notre disparition comme EM et vis-à-vis des électeurs cela n’est pas forcément bon. Quand on fait 6%, on ne propose pas l’union à ceux qui font autour de 15%, sinon on se réduit à être des supplétifs. Pour EELV, c’est un peu différents car les écolos n’ont pas tous la même vision de leur avenir politique.

Après les municipales, en tout cas avant l’été, la solution préalable sera de créer une nouvelle grande formation politique : démocrate, sociale, républicaine et écologiste. Car il existe un espace politique entre Mélenchon et Macron. C’est cet espace qu’il faut reconquérir toutes et tous ensemble (pas d’initiative individuelle), sans se précipiter (rien ne sert de courir, il faut partir à point), en mettant les égos et les querelles passées de côté, mais en étant au clair sur la stratégie.

Cela ne devrait pas partir d’accords d’appareils mais d’une grande initiative citoyenne horizontale de la société civile, par un appel par exemple, relayé par des élus locaux pour créer non pas une Convention citoyenne, mais une Constituante citoyenne (au-dessus des partis), mettant en place une gouvernance collective et qui rédigerait un projet d’une société alternative avec tous les partis, clubs et associations qui voudraient participer (par une Confédération ou un Conseil national). L’incarnation pour porter ce projet se dégagerait d’elle-même d’ici fin 2020.

5) Conclusion.

Voilà chères et chers amis, quelques mots en ce début d’année.

Modestement D12 participera à toutes les initiatives qui iront dans le sens de celles que je viens d’énumérer.

En attendant il faut se renforcer avec des actions très basiques mais nécessaires : que chacun paye sa cotisation de 20 euros (en l’envoyant à Amis du mas Mathieu, chemin du Mathieu 30260 Gailhan) et que chacun nous donne un nom pour notre listing pour faire « boule de neige ».

Que chacun participe aussi à la réécriture de notre fascicule qui sera notre pierre au grand projet de société alternative que nous appelons de nos vœux.

Merci à vous toutes et tous et au travail.

Avec toute mon amitié et tous mes vœux pour 2020.

Jean-Marie Cambacérès.


7 vues0 commentaire