"Plus on s’éloigne du pouvoir, plus il y a de femmes" Geneviève Tapié

Mis à jour : 4 déc. 2020


La présidente de l’Observatoire régional de la parité d’Occitanie livre un constat impitoyable.

Quel est le constat de votre analyse sur la parité ?

Que les choses avancent trop doucement. C’est un euphémisme. La loi sur la parité a 20 ans ! Et moins de 20 % de femmes maires.


Que faut-il faire ?

Tant qu’il n’y a pas de contraintes légales, cela n’avancera pas. La loi sur la parité doit évoluer en particulier dans les exécutifs des intercommunalités. Il n’est pas normal de voir aussi peu de femmes vice-présidentes. L’accès des femmes aux plus hauts postes de gouvernance ne se fait pas. Il faut un fort volontarisme politique et aujourd’hui il n’y est pas.


Comment l’expliquez-vous ?

C’est un fait : les présidences sont majoritairement détenues par des hommes et plus on s’éloigne du président, plus on s’éloigne du pouvoir et plus on trouve des femmes. Souvent dans des fonctions subalternes. Les femmes maires d’Occitanie (19,04 %) se heurtent au plafond de verre qui bloque leur accès à la présidence des EPCI (7 %).


Pourquoi cela n’évolue pas dans les intercommunalités ?

Car c’est là où le pouvoir s’exerce. Ce sont ces structures qui ont le plus de compétences désormais. C’est là où le territoire se développe et puis il faut le dire : c’est aussi là où les indemnités sont les plus importantes. Souvent pour cacher la réalité, on crée un bureau pour y mettre des femmes mais il n’a pas de rôle institutionnel. Il y a une volonté de contourner la parité pour se partager les postes et les femmes n’osent pas, elles ne sont pas dans le combat politique et continue à avoir le poids de la responsabilité de la famille et de leur boulot en plus de leurs mandats… Le poids de notre culture judéo-chrétienne pèse encore très lourd…


Et le phénomène est encore plus saillant dans la ruralité ?


Seulement 839 femmes sur plus de 5 000 communes sont maires en Occitanie. Elles sont très présentes dans les toutes petites communes de quelques dizaines d’habitants et elles disparaissent complètement pour les villes de plus de 5 000 habitants. Elles sont élues là où il n’y a pas d’enjeu. Là où les indemnités plafonnent à 300 € par mois. Là aussi où il n’y a pas de personnel et où il faut tout faire, là où elles sont au contact de la réalité des administrés…


Interview réalisé par midi libre a retrouver ici

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